Propos liminaires présentés par Thomas Karmann

Monsieur le Président,cher-es collègues, 

Ce propos sera mon dernier propos liminaire du mandat. 

Je vais donc m’autoriser à déroger à l’exercice habituel pour vous livrer un rapport d’étonnement, à l’issue de ces six années qui ont été, mon premier engagement électif. 

Nous avons toutes et tous été élus à la sortie d’une crise sanitaire majeure, celle du Covid-19. Une période qui avait ouvert, dans la société française comme à l’échelle mondiale, une réflexion profonde sur notre lien aux autres, sur la résilience, sur notre rapport à la nature. 

À la sortie des confinements, ici comme ailleurs, nous parlions du « monde d’après » : un monde plus juste, plus solidaire, respectueux des limites planétaires, un monde où chacune et chacun aurait sa place. 

Six ans plus tard, force est de constater que ces aspirations ont été largement balayées. Balayées par une fuite en avant productiviste, mais aussi par la montée d’une pensée réactionnaire, stigmatisante, parfois clairement fascisante. 

Ce mouvement se donne à voir de manière spectaculaire aux États-Unis, à travers un retournement brutal des politiques publiques, une violence assumée et une banalisation du mensonge dans le discours officiel. 

À l’échelle de cette assemblée, mon regard est plus nuancé. J’ai vu, tout au long de ce mandat, des élu·es — et des maires en particulier — s’engager avec constance et sincérité au service de l’intérêt général. 

J’ai vu aussi combien la frontière entre intérêt communal, intérêt métropolitain et intérêt général pouvait parfois devenir source de tensions, voire de conflits étonnants. 

J’ai vu des projets et des initiatives réellement porteurs d’une évolution positive de notre territoire. 

Et j’en ai vu d’autres, défendus avec acharnement, sans véritable cohérence collective, pour des raisons électoralistes ou par une forme d’aveuglement politique. 

J’ai également été marqué par différentes formes de violence. 

La violence des mots, d’abord, notamment sur les réseaux sociaux, parfois exercée par des élu·es pourtant reconnus pour la qualité de leur travail institutionnel. 

Et dans cette enceinte, je pense en particulier à Sacha Briand. Le cumul de responsabilités aussi stratégiques que les finances — à la Ville de Toulouse, à Toulouse Métropole, à Tisséo, à l’EPFL — devrait imposer une exigence accrue de rigueur et de responsabilité. Or, tout au long de ce mandat, ses prises de parole ont trop souvent été déconnectées et brutales, allant parfois jusqu’à reprendre des poncifs et des références issues de l’extrême droite. Ces glissements sont dangereux. L’histoire récente montre où ils peuvent conduire. 

J’ai observé aussi une violence plus institutionnelle, dans le fonctionnement même de cette assemblée : des menaces adressées à des collègues maires, et des interruptions de parole répétées visant très majoritairement des femmes. Ces pratiques interrogent profondément notre conception du débat démocratique. 

Je me souviens également du dîner des maires, en début de mandat. Une expérience déroutante : discuter de sujets majeurs pour la métropole, sans cadre formalisé, sans compte rendu, sans transparence, alors même que certains de ces sujets n’ont, à ce jour, jamais été débattus en conseil. Cela ne me paraît pas sain pour le fonctionnement démocratique de notre institution. 

Malgré tout cela, je suis fier d’avoir pu, tout au long de ce mandat, travailler au service de nos concitoyennes et concitoyens. 

Fier du travail accompli à Cugnaux, avec des élu·es d’une grande valeur et malgré un maire absent parfois, brutal souvent. 

Fier également du travail mené au sein du groupe écologiste métropolitain. 

Je tiens à saluer tous les élu-es de mon groupe et particulièrement Romain Cujives, Isabelle Hardy, Antoine Maurice et Michèle Bleuse, qui ont su accompagner les nouveaux élus que nous étions dans les rouages parfois impressionnants de la métropole grâce à leur expérience, à leurs convictions et à leur gentillesse.  

J’ai aussi une pensée pour Philippe Perrin, qui nous a rejoints en cours de mandat et dont la sensibilité et l’expertise ont enrichi nos débats et notre réflexion politique. 

Je n’oublie pas non plus nos collaborateurs qui ont fait un travail remarquable tout au long du mandat.  

Je remercie l’ensemble des groupes politiques — à l’exception du vôtre, Monsieur le Président — car nous avons su, malgré nos divergences, travailler ensemble, trouver des points d’accord et parfois porter des combats communs. 

Je reste convaincu que lorsque s’achèvera votre mandat et la vision désormais datée de la politique qu’il incarne, nous saurons reconstruire, avec l’ensemble des forces de la métropole, une alternative crédible pour un avenir durable, au service des métropolitaines et des métropolitains. 

Cela passera nécessairement par une campagne municipale où les enjeux métropolitains devront enfin être pleinement assumés, tant leurs impacts sur la vie quotidienne de nos concitoyens sont majeurs. 

Aujourd’hui encore, trop souvent, ce sont la violence, la confrontation et le mensonge qui dominent le débat public. J’espère sincèrement que nous tournerons rapidement cette page. 

Pour conclure, je veux dire une chose simplement. 

Malgré les désaccords, malgré les tensions, malgré parfois la dureté des échanges, ces six années m’ont profondément marqué. Elles m’ont appris ce que signifie réellement l’engagement public : le temps long, la complexité, les compromis, mais aussi la responsabilité immense que nous avons envers celles et ceux qui nous ont élus. 

Je veux remercier sincèrement l’ensemble des collègues avec qui j’ai débattu, travaillé, parfois combattu politiquement. La démocratie est vivante quand le désaccord existe, à condition qu’il reste sincère et respectueux. 

Je veux surtout remercier les agentes et agents de Toulouse Métropole. Celles et ceux que l’on ne voit pas, ou trop peu. Celles et ceux qui, chaque jour, font fonctionner nos politiques publiques, souvent dans l’ombre, toujours avec professionnalisme et sens du service public. Ils sont le cœur battant de cette institution. 

À l’heure où le service public est fragilisé, attaqué, parfois méprisé, je veux dire ici combien il est précieux, combien il est indispensable, et combien nous avons le devoir collectif de le défendre. 

En tant que co-président du groupe écologiste, mais aussi à titre profondément personnel, je quitte ce mandat avec la conviction intacte que notre métropole peut faire mieux, peut faire autrement, et surtout peut faire ensemble. Pour que tous les métropolitaines et métropolitains puissent Vivre Mieux. 

C’est cette conviction, et cette exigence démocratique, que je continuerai à porter. 

Je vous remercie.