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Propos Liminaire du Conseil de Métropole du 12 février 2025, par Isabelle Hardy

Monsieur le Président, Chers collègues,

Notre conseil se déroule encore une fois dans un contexte qui n’a rien d’apaisé.

Nous sommes aujourd’hui face à une situation alarmante qui touche directement l’emploi dans le secteur privé, et en particulier dans des secteurs stratégiques pour la France et pour notre métropole : l’aéronautique et le spatial.

Nous souhaitons exprimer notre soutien aux salariés de Thales Alenia Space, qui, encore ce matin, restent mobilisés pour défendre leur avenir et celui d’une industrie cruciale.

Comment justifier une politique salariale à 0% alors que, dans le même temps, quelques dirigeants du groupe Thales se partagent plus de 7 millions d’euros de primes, dont 546 770€ pour le seul PDG ?

Comment accepter la suppression de plus de 1000 emplois, dont 715 à Toulouse, alors que les résultats financiers du groupe affichent un bénéfice record de plus de 2 milliards d’euros avant impôts ?

Ce plan de restructuration ne répond à aucune logique industrielle saine. Il marque une réorientation stratégique avec l’abandon des activités liées au spatial, en totale contradiction avec les orientations économiques et stratégiques de la Région Occitanie et de Toulouse Métropole.

C’est une décision lourde de conséquences, non seulement pour les salariés et leurs familles, mais aussi pour l’ensemble du savoir-faire industriel toulousain. Ce sont des décennies d’expertise et de recherche qui seront sacrifiées, au détriment de secteurs stratégiques dépendants des technologies spatiales dont l’étude du climat et de la terre, ou encore la Défense.

Nous faisons face à un enjeu majeur de souveraineté nationale et europenne. La France, autrefois leader dans l’industrie spatiale, est en train de perdre du terrain, alors même que les perspectives de croissance mondiale dans ce domaine sont exponentielles.

Nous ne pouvons pas non plus fermer les yeux sur les conditions de travail inquiétantes et la pression exercée sur ces salariés. Les risques psychosociaux explosent, la souffrance au travail est une réalité. Nous vous avions déjà alerté sur cette situation par notre vœu du 26 juin dernier.

Et ce constat ne s’arrête pas à Thales Alenia Space.

Airbus Defense and Space prévoit également de supprimer 2500 postes, dont 500 à Toulouse. Pour les salariés ces décisions sont incompréhensibles alors que l’entreprise affiche une bonne santé financière et ils alertent sur le risque de perte de compétences stratégiques pour notre souveraineté industrielle et notre défense nationale.

Dans d’autres secteurs comme le commerce, l’emploi est aussi malmené. Chez Lidl, c’est une autre forme de violence sociale qui s’exerce : suppressions de postes, dégradation des conditions de travail, course effrénée à la performance et à la rentabilité au mépris de la santé et de la dignité des salariés. Nous ne pouvons accepter que l’emploi soit toujours la variable d’ajustement de ces entreprises, alors que les bénéfices explosent et que la productivité des salariés est poussée à l’extrême, au détriment de leur bien-être et de leur équilibre de vie. Et LIDL n’est pas un cas isolé.

Monsieur le Président, Toulouse Métropole ne peut pas rester silencieuse face à cette destruction massive de l’emploi. Nous demandons une parole forte de votre part, une position claire pour défendre les salariés de notre territoire, pour interpeller les dirigeants et pour rappeler que la richesse d’une métropole ne se mesure pas seulement en points de croissance, mais aussi en emplois pérennes et en respect des femmes et des hommes qui la font vivre.

Nous ne voulons pas d’une Métropole spectatrice d’un désastre social en cours.

Mais la casse de l’emploi ne se limite pas au secteur privé. Nous assistons à une destruction méthodique des services publics, avec des suppressions d’emplois qui affectent directement le quotidien des habitants. Nous porterons un vœu dans ce conseil pour apporter notre soutien à ces agentes et agents qui font vivre les services publics.

Sur notre territoire, les bibliothèques et les médiathèques subissent une coupe budgétaire drastique. Un million d’euros en moins pour leur fonctionnement, 60% de réduction pour l’action culturelle qu’elles portent, sans parler des effets de Proxima qui entravent leur façon de fonctionner. Les petites bibliothèques sont menacées de fermeture partielle ou totale, et les centres culturels voient leur rôle fondamental s’amenuiser.

C’est la cohésion sociale et l’accès à la culture qui sont fragilisés.

Plus largement, le secteur culturel est durement touché avec une baisse de plus de 4 millions d’euros pour la direction générale de la culture, 50% en moins pour les budgets des centres culturels, une offre réduite au Quai des Savoirs et l’abandon des pratiques amateurs.

Au-delà des chiffres, c’est tout un écosystème qui vacille.

Et encore une fois, ce sont les emplois les plus précaires qui sont touchés, et pour celles et ceux qui conservent leur poste, il leur est demandé de faire toujours plus, avec toujours moins. Beaucoup sont en grande souffrance.

Nous demandons donc que le dialogue social soit pleinement ouvert et que soient trouvées des solutions pour assurer aux agentes et agents des conditions de travail sereines et pour protéger nos services publics.

Dans l’actualité je voudrais revenir sur la mauvaise nouvelle pour la pourtant indispensable bifurcation écologique qui est tombée le 10 février avec l’avis favorable donné par la Commission d’enquête pour la Jonction EST, malgré une majorité d’avis négatif.

Comment peut-on affirmer vouloir diminuer la pollution de l’air, faire baisser les émissions de gaz à effet de serre et inciter les habitantes et habitants à modifier leurs comportements en termes de mobilité et créer un aspirateur à voiture.

Les premiers enseignements de la concertation du Plan des Mobilités sont sans appel : il y a un besoin urgent d’alternatives à la voiture pour les habitants des 1ères, 2èmes et 3èmes couronnes…dont d’ailleurs le SERM est un des éléments clé ! Il faut mettre en cohérence les discours et les actes.

Enfin l’actualité c’est aussi l’enquête publique sur le PLUIH et sans rentrer dans les détails il y a trois axes (mais il y en a d’autres) qui méritent d’être réexplorés :

  • La cohérence urbanisme/mobilité où l’on voit des incohérences assez fortes entre certains territoires, corridor du métro qui sont sous-densifiés alors que d’autres peu desservis, ont des potentiels surévalués.
  • Un développement urbain qui aurait du être planifié au regard des enjeux de décarbonation, ce qui ne peut être le cas puisque le Plan Mobilité n’est pas adopté, il faudra donc une modification rapide du PLUIH quand ce sera le cas.
  • Et enfin la protection de la nature et de la biodiversité qui dans le document va dans le bon sens mais est encore beaucoup trop timide. Il ne faut pas seulement penser à préserver la biodiversité, mais à la reconquérir, il faut élargir la trame verte et bleue et mettre en adéquation les annonces notamment de parcs et jardins avec ce PLUIH.

Nous avons, avec la Plan mobilité et le PLUIH, l’obligation et la responsabilité d’être à la hauteur des enjeux écologiques et sociaux, ce sera le sens de nos contributions.

(Et peut être : Pour finir, nous souhaiterions un éclaircissement suite à l’article qui est paru au sujet du marché public confié par Tisséo sans appel d’offres à la société Algoe et le soupçon de favoritisme et de prise illégale d’intérêt. Pourriez-vous nous apporter des éléments sur ce sujet ? Si je me souviens bien c’est une histoire qui remonte au rapport de la cour des comptes avait déjà dénoncé des conflits d’intérêt qui a entrainé le départ du directeur)